Parade, 2023

Scénographie de l’exposition d’une collection rassemblée par Vanina Pinter, présentée au Signe_ Centre National du Graphisme de Chaumont.

Projet conçu dans un délai de 2 semaines, réalisé volontairement en récupération de mobiliers scénographiques et avec pour contrainte, presque Oulipienne, de travailler exclusivement ou presque avec les restes de peinture des expositions précédentes.

Si, exposés dans un certain ordre, des objets nous racontent quelque chose, peuvent-ils induire une toute autre histoire, s’ils étaient découverts dans un autre ordre ?
Et si nous pouvions comprendre des intentions très différentes selon l’ordre ou le sens dans lequel les œuvres nous apparaissent ?

Et si une exposition pouvait donc avoir deux sens de lecture, donc avoir deux entrées possibles ?

Le sujet et la structure de la salle s’y prêtant particulièrement bien, cette exposition a deux sens de lectures et littéralement deux entrées opposées, avec deux textes de salle différents. La première entrée se fait selon le sens de visite principal = sens A. La seconde entrée se situe à l’opposé, en venant de la grande salle d’exposition du Rdc = sens B.

L’un n’empêchant pas l’autre, il est tout à fait concevable d’opérer une boucle et d’ainsi relire l’exposition dans l’autre sens une fois la première visite terminée.

Sens A :
Les œuvres sont organisées en un panel montrant les champs et les types de diffusion que recouvrent le Design Graphique contemporain, de la signalétique et l’affichage dans l’espace urbain, des livres aux objets usuels. Des œuvres. Des cartels. Des livres — consultables — rangés dans une bibliothèque et classés par ordre alphabétique. Un ordre signifié par de très grandes lettres au sol. Des noms d’artistes émergent, plus grands que ceux placés sur les cartels.
Lisible de loin, une liste des noms de tous les artistes apparaît enfin au mur. Ce sont exclusivement des noms de femmes.
Avait-on seulement remarqué avant ?

Sens B :
Le sens B de l’exposition découle d’une interrogation —> lirais-je, ou regarderais-je vraiment l’exposition de la même manière si l’on me prévenait d’emblée que je ne vais y voir que des projets conçus par des femmes ?
Si je sais que ce sont des femmes, vais-je regarder la même chose dans les projets ? Ou bien mes a priori prendront-ils le dessus ? Regarderais-je les objets exposés au(x) même(s) niveau(x) que si je les avaient découverts en ignorant qui sont leurs auteurs ? Regarderais-je seulement le travail, ses détails ?

Au départ, cette exposition de 2020 sur la question du genre en Graphisme Contemporain, était une commande de la Maba Bernard Anthonioz passée à Vanina Pinter et était nommée Variation Epicène (en hommage au nom épicène de Graphiste Cassandre dont la forme, comme celle du mot habile ne varie pas selon le genre). Cette version a été augmentée de nouveaux projets et d’œuvres spécialement proposées pour l’occasion par de nouvelles artistes invitées.

A travers une forme assez stéréotypée de la salle d’exposition (textes de salle, cartels, vinyles, etc), le sens A s’évertue à évacuer la question féminine en retardant l’apparition du nom des créatrices. Ceci pour laisser le visiteur se concentrer sur leur travail.
Le sens B, lui, prévient d’emblée qu’il s’agit d’une exposition collective de femmes. Il commence de manière volontairement provocante par l’image clichée, mais tenace, de la maternité, des projets liés au monde domestique et au textile… pour développer en profondeur et crescendo un panel de registres et de travaux riches (du tapis à la signalétique urbaine, du projet privé à la commande publique).

© Marc Domage