GdB, 2022
Gilles de Brock, exposition au Signe_ Centre National du Graphisme de Chaumont. Vitrine conçue par Mathias Schweizer.
Du point de vue de l’artiste, le but est de montrer comment, de Designer Graphique, il est devenu Designer Produit. Il souhaite montrer comment il est passé du « plat – 2D » au « volume – 3D ». Il semble qu’il ne trouvait pas de sens à ce qu’il faisait graphiquement et s’est mis à faire des objets. Pour cela, il est allé jusqu’à fabriquer la machine pour produire ses pièces. Le but étant, à terme, de développer sa pratique en entreprise commerciale.
D’un point de vue plus institutionnel, une sectorisation aussi claire et tranchée de sa pratique ne peut être envisagée. D’autant plus qu’elle est bien plus riche que son discours ne le laisse entendre a priori. Il est également difficile d’opérer un cloisonnement aussi binaire entre les disciplines de Design Graphique et Design Objet. Surtout après l’avènement d’Instagram et autres Pinterest, qui ont aussi bien accéléré une forme de décloisonnement entre les disciplines de la création, que provoqué une certaine confusion entre les métiers.
L’artiste se souhaitant Designer Objet, il est important d’éviter toute confusion et de ne rien dessiner qui pourrait ressembler de près ou de loin à un objet ou à un mobilier.
Au plus, les éléments supports reprennent le code muséographique du socle, de la stèle, ou changent complètement de matérialité et de registre, en devenant couleur-surface. Une couleur-surface en aplat, ou qui évoque le travail de la trame sérigraphique et son mélange optique via le rideau en aluminium anodisé.
Les premiers posters sérigraphiés (conçus automatiquement par un ordinateur, piochent et mêlent les éléments de style les plus récents et à la mode sur les sites de graphisme, grâce au codage de l’artiste) préfigurent toute la suite de son travail. Le reste des œuvres est ensuite exposé en ligne, par ordre chronologique. Ceci induit la lente évolution du Design Graphique vers le Design Objet, en laissant apparaître quelques préfigurations avec des supports transparents ou en ménageant une surprise, un détour grâce à un panneau occultant.
L’idée de la ligne permet aussi d’évoquer la chaîne de montage industrielle, jusqu’au jeu de lumière froide et la rangée de tubes fluorescents. La machine sur laquelle l’artiste travaille se trouve sur un socle au centre de l’espace. Elle permet autant au public de comprendre physiquement comment sont produits les objets, que d’évoquer (en clin d’œil) son statut de presque œuvre d’art. Un film réalisé dans l’atelier de l’artiste pendant qu’il produit ses pièces en céramique les plus récentes clôture la ligne et est placée en point de mire de la visite. La visite est laissée ouverte et en suspens, laissant imaginer la suite de l’évolution du travail de Gilles de Brock vers l’objet.
© Marc Domage