CACC, 2023
Scénographie de l’exposition présentée à l’Ecole Sainte Marie de Chaumont pour le Signe_ Centre National du Graphisme.
L’exposition regroupe les productions de 10 années d’identité graphique du Centre d’Art contemporain Chanot de Clamart, de 2012 à sa fermeture en 2022. L’espace d’exposition se situe dans une ancienne bâtisse en cours de restauration par une association bénévole.
La salle possède des huisseries de bois anciennes, de grands placards muraux intégrés et moulurés. Elle est rénovée juste avant le début du projet. Entièrement repeinte de couleur blanche, le sol en linoléum gris béton, elle se situe quelque part à mi-chemin entre l’appartement Haussmannien et l’image-type de la salle d’exposition.
Cela vaut-il le coût matériel, écologique et humain de demander de grandes transformations pour une salle venant tout juste d’être rénovée ?
La scénographie joue de l’ambiguïté donnée par la restauration « Haussman-White cube ». Le blanc environnant permet de focaliser l’attention sur les couleurs des œuvres, très chamarrées. Seuls quelques éléments de l’espace sont re-peints, comme l’intérieur d’une niche ou une porte. Une fois mise en couleur, l’huisserie d’une fenêtre devient un motif géométrique qui n’est pas sans rappeler un élément du logotype du CACC. Ces aplats de couleurs et ces motifs sont un clin d’œil à la manière dont est utilisée la couleur par les différents graphistes. Ils permettent également au regard de circuler d’un mur à l’autre, autant que d’opérer une transition entre les petits éléments imprimés et les 4 formats Decaux (120x176cm), en amenant une plus grande variété de dimensions dans l’espace.
Par l’ajout de Plexiglass de récupération, les placards muraux maintenus ouverts, deviennent des vitrines qui accueillent les livrets et les petites affiches, classés par dates. Quelques miroirs permettent de voir simultanément les couvertures et les cœurs des livrets, car tous deux font partie intégrante du travail des designers graphiques exposés.
Le fil de visite suit la chronologie autant que l’évolution de l’identité du CACC pour aboutir sur un coin bureau aux meubles chinés, repeints spécialement pour l’occasion.
En effet, est-il réellement important de réaliser un mobilier spécialement dessiné pour l’occasion ?
Les temps de conception ou de réalisation et les budgets ne sont pas les mêmes en scénographie d’exposition et en design d’objet. La scénographie d’exposition dispose de quelques semaines de fabrication tout au plus pour la totalité de la surface d’exposition à traiter (souvent à chiffrer en centaines de m2), pour une durée d’exposition de quelques mois maximum, avant démontage des éléments, stockage, ré-emploi et/ou destruction.
Le design d’objet nécessite de plusieurs mois jusqu’à plusieurs années de dessins et de tests, maquettes et prototypes pour un même objet.
Dans ce cas précis, pouvons-nous envisager d’utiliser un mobilier qui puisse être utile à l’association par la suite et que l’on puisse leur céder, comme un bureau ? Ou que quelqu’un puisse récupérer et lui offrir ainsi une troisième vie ?
Vient enfin la question de la médiation. Comment l’inclure sans prendre visuellement le pas sur les projets présentés, tout en essayant de donner envie de pousser un peu plus loin le sujet ?
La structure de la salle ne permet pas d’embrasser toutes les productions en un regard et ce serait pourtant d’un grand intérêt ici. L’ensemble des propositions d’identité graphique du CACC sont autant d’éléments de définition d’un lieu qui se pense, qui se re-pense, qui construit son identité à mesure qu’il se définit, qu’il réfléchit son image. Ou à mesure que chaque Designer lui tend un miroir pour se réfléchir.
Comment chaque Designer hérite-t-il des autres, de leurs apports respectifs ? Comment chacun apporte sa contribution, sa pierre à l’édifice ? N’intervenant pas aux mêmes moments et ne se côtoyant pas forcément, comment se transmettent-ils notions et idées, si ce n’est, aussi, par l’image et le Design graphique ?
Pour autant, si tous deviennent un élément d’une définition, un aspect d’une même réalité (le CACC), il est amusant de noter comment chacun parvient à distinguer son identité propre (ou, dirait-on, son individualité, sa singularité ?).
La notion d’Identité, si actuelle ou galvaudée soit-elle, reste plus qu’intéressante. Que peut bien recouvrir la notion d’Identité ? Plus, comment la notion d’Identité a-t-elle pu évoluer à travers les siècles ? Quelles en ont pu être les définitions, les évolutions ?
Sur le bureau se trouve une boîte, grise, fermée, sur laquelle on peut lire cette interrogation : « Identité ? ». Dans la boîte se trouve 2 schémas exposant l’ensemble des projets en 1 page chacun. L’un montre chaque projet en image, l’autre relie l’évolution des projets dans le temps et leurs emprunts respectifs. Un livret est adjoint retraçant les différentes définitions du mot Identité, de la plus actuelle (définition Larousse 2023) en remontant siècle par siècle jusqu’à sa racine étymologique indo-Européenne.
© Marc Domage
© Gabrielle Ponthus (zoom sur la boîte)